Bodenblog

21 juillet 2015 - Boden Mag

Trouver l’inspiration à la fondation Jan Michalski

L’inspiration. Mystérieuse, spontanée, labile, elle n’est jamais soumise. Toujours les bienvenues, ses visites restent impromptues.
On l’espère, on la convoite, on la réclame. Et quand elle vient nourrir le talent servi par le travail et la volonté ; se produit alors quelque chose d’absolument miraculeux.

L’éminent critique littéraire Thibaudet, mort à Genève en 1936, affirmait que « l’inspiration est ce qui s’oppose à la fabrication ». Il est exact, dans le sens qu’elle est, par définition, une force surnaturelle. Mais alors comment la trouver ? On dit qu’il faut du silence et partout il y a du bruit. On dit qu’il faut de la solitude mais sans trop s’isoler. Partir loin mais jusqu’où ?

Vera Michalski-Hoffmann s’est donné comme mission de non pas fabriquer de l’inspiration, mais de lui bâtir l’autel ultime pour qu’elle puisse se révéler auprès de ses résidents et visiteurs. C’est ainsi, et en mémoire de son défunt mari qu’elle a initié la marche de la fondation Jan Michalski, pour l’écriture et la littérature. Une cité de 5’000 m2, entièrement conçue par le cabinet d’architectes Mangeat-Wahlen, dédiée à l’esprit humain, sa conservation, sa diffusion, mais surtout à son renouvellement.

A seulement 1 heure de Genève, j’ai l’impression d’être très loin. La distance qui sépare l’autoroute, sortie 14, de la Fondation n’est que de 30 km, pourtant c’est un vrai voyage. Le paysage se transforme, les voitures deviennent rares, et c’est sans gêner personne que je m’arrête pour capturer un instantané du panorama. L’excursion nous fait traverser les vénérables forêts vaudoises qui dominent le lac Léman. On sort de la modernité, de la ville et du bruit pour atteindre Montricher, 933 habitants.

Parvenu à destination, le contraste est saillant, et c’est un feu d’artifice pour les yeux. Sur toute une vaste étendue, de graciles colonnes de béton se dressent vers le ciel. A leur sommet, un toit monolithique percé par de larges formes aléatoires et primitives, rappellent l’anthropométrie 82 d’Yves Klein. C’est empli de curiosité que je descends l’esplanade qui mène vers la plateforme centrale, ouverte elle-même sur la nature.

A ma gauche, une baie vitrée qui donne sur l’accueil de l’espace galerie offrant tout au long de l’année un programme d’expositions dédiées à la littérature et aux arts plastiques.
Les surfaces sont généreuses, la hauteur des plafonds dantesques ; c’est un régal que de s’y promener et d’admirer les œuvres de Michaux.

De l’autre côté, une entrée boisée en biseau anglais nous invite dans la bibliothèque. En y pénétrant se meut un sentiment de plénitude et de privilège. C’est un vrai festin pour l’écrivain résident ou le visiteur qui va vivre une expérience totalement différente de celle offerte par les bibliothèques de la ville.
80’000 ouvrages répartis sur 4 étages, classés et rangés admirablement dans des rayonnages en chêne lamellé collé, réalisé par J.Bodenmann. L’ensemble est parfaitement symétrique mais tout en relief. Très gracieusement disséminés, des espaces de lecture et de travail viennent se glisser parmi les livres qui couvrent la littérature du monde entier.

Enfin, pour compléter ces deux sphères nourricières, on trouvera au sous-sol un auditorium de 120 places dont le surprenant plafond semble être un hommage au « Nu descendant d’un escalier » de Duchamp.

La Fondation Jan Michalski continue d’évoluer, et les travaux en cours jusqu’à la fin 2016 vont finaliser son dessein en donnant vie à des cabanes qui se percheront parmi les colonnades. Elles vont accueillir les chanceux écrivains qui y résideront pour écrire ; et il faut leur souhaiter d’être frappé par la même lumière que les artisans ayant conçu et bâti le lieu, car une telle fabrication, il est certain, a nécessité éminemment d’inspiration.

S. Shahna

Découvrez la fondation Jan Michalski.


Vidéo par Losinger Marazzi