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26 août 2015 - Horlogerie

Philippe Dufour : l’immarcescible

Bien aidé par la réclame horlogère, on a tous en tête l’archétype de l’horloger : chenu, à la barbe blanche, la loupe à l’œil dans un atelier boisé au cœur d’une champêtre vallée.

La réalité est tout autre : on débarque dans des salles impeccables où des jeunes horlogers assemblent des mouvements à la chaîne. Et pourtant le mythe perdure, un dernier carré d’horlogerie traditionnelle, lové au cœur de la Vallée de Joux : au Chenit à proximité du Sentier, on trouve Philippe Dufour, le maître horloger, La Légende. Ces qualificatifs ne sont pas des énièmes superlatifs creux que l’on colle au détour d’un communiqué de presse. Pour les collectionneurs, blogueurs et passionnés d’horlogerie, Philippe Dufour est La Légende.
Au Japon, les autorités de l’archipel, lui ont décerné le rarissime titre, pour un non insulaire, de « Trésor National Vivant ». Mieux même : on lui a consacré un manga éducatif, distribué à tous les écoliers Nippons.

Philippe Dufour est né à la fin des années 40 dans La Vallée et il épousa le métier d’horloger un peu par défaut dans les années 60. Il aurait pu se contenter d’être une des petites mains des grandes maisons. Mais son inextinguible obsession du perfectionnisme va le pousser à se surpasser en permanence, pour apprendre l’ensemble des spécialisations liées à la réalisation d’un calibre.

manga_dufour01

Son niveau de maîtrise est si élevé, qu’il a repoussé les limites de la bienfacture, en révélant ses premiers garde-temps à son nom au début des années 90. Au début, il a présenté des complications : répétitions minutes & sonneries, double balanciers, etc. Mais le succès commercial et la renommée sont arrivés avec une montre trois aiguilles : la Simplicity.

L’introduction de cette montre à la fin des années 90 correspond à deux événements : l’entrée de Philippe Dufour sur le marché japonais, et les débuts de l’internet grand public. Les forums d’horlogerie ont joué un grand rôle dans la notoriété de Philippe.

Il faut un certain niveau de culture horlogère pour comprendre la Simplicity. Vous pourrez trouver un descriptif détaillé en 22 points sur le site foudroyante.com. Pour rester simple : une débauche d’anglages bombés et rentrants, des côtes de Genève quasiment indécelables vues de profil, mais qui attrapent le maximum de lumière vues de face, etc. Les finitions sont incroyablement fines et subtiles, mais néanmoins spectaculaires pour un œil averti.

La Simplicity reste un mètre étalon qualitatif, quelques marques seulement parviennent à ce niveau : Greubel Forsey, Lange & Söhne, De Bethune et Romain Gauthier. Ce dernier a été formé par Philippe et c’est l’un de ses fils spirituels. Car Philippe, à 67 ans, a achevé sa série des Simplicity (200 ex. + 4) et il travaille sur un nouveau projet secret. Trés exigeant, il est encore à la recherche de quelqu’un pour perpétuer sa marque.

Philippe Dufour est le contraire d’un taiseux : il partage volontiers ses savoirs. Dans le cadre d’un partenariat avec Greubel Forsey, il forme un professeur d’horlogerie parisien, Michel Boulanger, à l’ensemble de ses savoir-faire de réalisation en utilisant uniquement des techniques à impulsion manuelle. Pour plus de détails sur ce projet : legardetemps-nm.org

Si Philippe est prolixe de son savoir-faire, il est aussi généreux de son temps : organiser une visite de son atelier pour un groupe de collectionneurs ou de passionnés d’horlogerie est du domaine du réalisable.
C’est une expérience unique, un saut temporel : au cœur des années 50, dans un atelier entièrement boisé, baigné d’une apaisante chaleur, où se côtoie un cheptel unique d’outils horlogers en voie de disparition. Une plongée dans l’immarcescible mythe de l’horloger des vallées.

M. Bahri