Bodenblog

18 septembre 2018 - Boden Mag

Un savoir-faire made in Jura

Une simple planchette en bois, multipliée à l’infini, recouvre depuis le XIIIe siècle les façades et les toitures du Jura suisse dont il est originaire : le tavillon. Ce matériau noble traditionnel contribue à protéger une économie locale avec un impact écologique très positif, surpassant de loin les autres matériaux de couverture.

Le tavillon est le revêtement historique des régions incluant la Vallée de Joux, le Pays-d’Enhaut et les Alpes fribourgeoises. Planchette refendue dans le fil de l’épicéa ou du sapin blanc, il a également été très répandu chez nos voisins français habitant les régions frontalières, où on l’appelle le tavaillon. Celui-ci diffère légèrement en taille, mais le procédé reste identique partout. On le trouve aussi en Corse ou sur l’île de La Réunion. C’est un savoir-faire pratiqué avec passion par les tavillonneurs, des professionnels du bois, des artisans bûcherons qui aiment leur forêt.

 

Tavella*

Promenez-vous dans n’importe quelle rue d’un village de la grande région jurassienne et vous tomberez inéluctablement sur un bâtiment à la parure boisée, invitant à remonter le temps l’espace d’un instant et à toucher du doigt un savoir-faire traditionnel, transmis de génération en génération. Depuis des siècles, le procédé est le même : le bois est prélevé en automne quand la circulation de la sève s’arrête, en lune descendante, puis il est travaillé pendant la saison froide. Aux beaux jours, si possible hors gel, on assouplit les tablettes de bois en les trempant jusqu’à ce qu’elles s’humidifient. Ce procédé évite que les clous ne fendent le bois lors de la pose. Un travail entièrement et patiemment réalisé à la main, qui permet de recouvrir tous les volumes en s’adaptant judicieusement aux courbes du bâtiment, l’intégrant harmonieusement au paysage par la matière, les couleurs et la patine du temps.

 

Durable

Les toitures et façades en bois, aussi adéquates sous les climats montagnards que leurs homologues en pierres, tuiles ou ardoises, protègent les bâtiments de toutes les agressions extérieures par leur grande perméabilité à la neige, leur résistance au vent et à la grêle comme au poids d’un ouvrier. Bon isolant thermique, le bois est aussi un excellent isolant phonique et régulateur d’humidité, peu gourmand en énergie. Le choix des essences assure sa résistance aux insectes et sa longévité et s’accompagne d’un entretien facile d’un faible coût. Quand le tavillon est entièrement naturel, on peut récupérer l’eau qui s’écoule des toits et recycler le bois en fin de vie. A l’inverse des tavillons en bois traité au sulfate de cuivre pour prolonger la durée de vie, qu’on appelle autoclavé, qui en fin de vie devient un déchet spécial nécessitant des mesures antipollution et rend l’eau de pluie récupérée impropre à la consommation.

 

Ecologique

Les qualités thermiques et phoniques et la résistance du bois font des tavillons le revêtement idéal du développement durable avec l’exploitation raisonnée de la forêt locale. L’entretien d’un tel revêtement est égal aux autres matériaux et sa longévité a été testée par nos ancêtres. La protection dure une trentaine d’années pour la toiture et jusqu’à 80 ans pour la façade, en fonction de son exposition aux éléments. On trouvait dans le village des Charbonnières à la Vallée de Joux un édifice rénové vers 1990, dont la façade était faite avec des clous forgés datant de l’ère préindustrielle ! Bien que ce matériau reste encore trop peu utilisé dans l’architecture moderne alors que son potentiel architectural est illimité, il revient en force ces dernières années. Les gens se lassent de la tôle bon marché rouillée qui a recouvert les maisons les décades précédentes, et reviennent aux valeurs sûres, plus saines, plus écologiques et finalement beaucoup plus économiques, avec une valeur ajoutée accrue.

 

*planchette en latin populaire

Copyright photos : Pierre DeRoche