Bodenblog

23 novembre 2017 - Boden Mag

Time Æon Foundation

Il arrive des moments dans toute carrière et particulièrement dans l’industrie de l’horlogerie, où l’occasion nous est donnée de faire un pas de côté afin d’évaluer ce que nous transmettons : quel patrimoine immatériel léguons-nous aux générations futures ?

Les crises graves et micro-secousses qui agitent l’horlogerie ont fait prendre conscience à de nombreux acteurs que les savoir-faire et procédés pourtant quotidiens, ne sont pas immuables. Si l’on n’y prend garde, ils peuvent disparaître, comme ce fut le cas dans de nombreuses autres industries.

La vocation de cette nouvelle fondation est de sensibiliser les acteurs du marché et le grand public aux savoir-faire horlogers traditionnels d’excellence qui font l’histoire industrielle de certaines régions et sont constitutifs des savoirs universels.

Cette fondation a aussi pour mission d’inventorier les techniques et procédés en perdition et de maintenir la transmission des bons gestes. Il faut aussi pérenniser l’excellence horlogère dans les nombreux métiers qui font le rayonnement du secteur. Il convient également de comptabiliser et sauver les pièces constitutives du patrimoine horloger mondial qui se sont échangées sur les 5 continents. Susciter des vocations, ouvrir des filières d’excellence est au coeur des missions de la fondation. Tout comme le soutien à l’installation de jeunes horlogers indépendants qui participent à la promotion de ces métiers d’excellence.

Des Hommes

Pour que cette fondation vive et s’épanouisse, il lui fallait des membres actifs et représentatifs de la haute-horlogerie indépendante universelle. Aucun horloger n’aurait pu rêver mieux en termes de casting.

Au côté du patriarche combier Philippe Dufour, véritable Dieu vivant de l’horlogerie célébré jusque dans des mangas japonais, on trouve le Schaffhousois Felix Baumgartner, la tête pensante d’Urwerk, marque genevoise qui décline pièce après pièce une horlogerie inventive et futuriste. Vianney Halter membre et cofondateur apporte son univers créatif et mécanique en proposant une lecture de l’horlogerie très personnelle à la manière d’un Miyazaki.

C’est Stephen Forsey issu de l’école britannique qui sera représentant du Triumvirat de la marque Greubel & Forsey. Suivi naturellement par son camarade de jeu l’alsacien Robert Greubel rejoint depuis quelques années, par l’excellent David Bernard, qui incarne l’école belge dans ce cénacle.

Des Projets

La naissance d’une montre

Pour incarner des valeurs, il faut des projets fondateurs. Le projet La Naissance d’une montre, dont nous vous parlions lors de notre dernière édition fut un grand succès tant en termes de résultats, qu’en termes d’intérêt dans les milieux des « connoisseurs » et au-delà.

En 2007, Robert Greubel, Stephen Forsey et Philippe Dufour constatent qu’en raison de l’industrialisation et du recours systématique aux machines à commandes numériques, les gestes et les savoir-faire ancestraux de l’horlogerie traditionnelle s’effacent à mesure que les générations se succèdent derrière l’établi (qui est en général signé Bodenmann).

Depuis janvier 2012, c’est le célèbre professeur Michel Boulanger, professeur d’horlogerie au Lycée Diderot à Paris qui descend chaque mois apprendre au côté des 3 maîtres horlogers les bases de cette horlogerie mythique dans les montagnes du Jura Suisse. Retrouver les techniques et mouvements des grands horlogers du XIXe, tel Jacques-Frédéric Houriet ou Abraham-Louis Breguet, et les transmettre aux jeunes générations, telle est la mission que se sont attribué cette bande d’horlogers passionnés.

La naissance d’une montre a donné lieu à la fabrication d’une pièce vendue aux enchères 1’461’507 USD. Cette manne bienvenue permettra de financer une partie des projets pédagogiques de la Fondation Time Æon.

Atelier décoration

Toujours dans le souci de transmettre les valeurs et les savoir-faire de la belle horlogerie, des ateliers dirigés par Michel Boulanger et Philippe Dufour seront organisés pour permettre à de jeunes étudiants d’acquérir certaines techniques anciennes comme le polissage des flancs, l’anglage, le polissage à l’archet de la moulure du chambrage de la vis, le chassage de la pierre, les traits brouillés dessous, le chassage des goupilles, ou encore la décoration de pièces acier.

Oscillon

La Fondation Time Æon soutient l’incroyable projet Oscillon initié par Dominique Buser et Cyrano Devanthey. Ces deux férus de belles horlogeries ont eu l’idée un peu folle de fabriquer une montre traditionnelle, mais cette fois avec des machines et outillages traditionnels et non numérisés. Ainsi on s’intéressera plus particulièrement aux rendus des différentes opérations telles que le fraisage, le polissage, le tournage des pignons, l’alésage des trous ou le soleillage. La restauration de ces vieilles machines n’a pas fini de nous livrer tous ses secrets. Certaines fonctionnalités et usages mystérieux ont dû être trouvés par tâtonnement et déduction.

Comme pour La Naissance d’une montre, le projet Oscillon se matérialisera par la réalisation d’un garde-temps d’exception. Celui-ci aura la particularité d’utiliser un ressort à force constante qui nécessite le recours à un différentiel. Bien que modélisé sur une CAO, chaque élément constitutif de la pièce sera usiné et finalisé à l’aide du parc de machines anciennes dûment restaurées.

La maison Urwerk, partenaire du projet, suit de près par cette initiative. Comme pour La Naissance d’une montre, Felix Baugmarter et Martin Frei d’Urwerk voient dans ce projet l’occasion de pérenniser les savoir-faire et gestes d’une horlogerie traditionnelle toujours bien vivante.

www.timeaeon.org