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19 août 2019 - Essence de bois

L’ébène, une histoire de cœur

Pour parler de l’ébène, il faut parfois prendre des chemins de traverse. Retour sur l’itinéraire d’un bois millénaire, de l’Egypte à l’Académie française, qui a transmis son nom à la profession parente et dont le cœur et le génie font toute la singularité. Un bois auquel, chez Bodenmann, de l’herbier aux établis, l’équipe redonne plus que jamais ses lettres de noblesse.

 

Les origines de l’ébène

Parler de l’ébène, c’est avant tout évoquer son cœur. Dans la famille des Ebenaceae, il y a environ 700 espèces de Diospyros, appelées ébéniers. La dénomination « ébène » est réservée aux Diospyros à bois noir. Car eux seuls partagent ce dénominateur commun : un bois de cœur noir. Leurs dérivés de couleur kaki ou de classification botanique proche n’accèdent pas à la titularisation tant convoitée. On les rencontre dans les régions tropicales d’Afrique, d’Amérique et d’Asie, dans les montagnes chaudes et caillouteuses. Si leur grain est fin, leur densité est supérieure de 1,1 fois à celle de l’eau, et donc l’ébène coule. Une caractéristique plutôt contraignante quand on sait que le transport du bois se faisait principalement par voie fluviale. Les ingénieurs ont dû rivaliser d’inventivité pour le charrier, en l’attachant à des bois très légers tels que le balsa. Cette densité va de pair avec de grandes qualités mécaniques : une croissance très lente, une robustesse et une longévité remarquable.

 

Des pharaons à la Renaissance

Parler de l’ébène et de son cœur, c’est également faire une incursion à l’époque des pharaons et des navigateurs et dans le dictionnaire des grammairiens de l’Académie. En effet, étymologiquement, la dénomination ébène viendrait de l’Egypte ancienne, où le bois entrait déjà dans la composition de petits objets précieux. Le grec et le latin ont eux aussi emprunté le substantif. Puis, en 1680, le dérivé « ébéniste » fait son apparition dans le dictionnaire de l’Académie française. Cette homologation des Immortels marque la reconnaissance d’un métier singulier. C’est à la Renaissance, corrélativement aux expéditions des grands navigateurs, que les essences rares furent importées en Europe. L’ébène était très prisée et donna son nom à la profession analogue pour, notamment, la démarquer des menuisiers. Les ébénistes dépassent les techniques de menuiserie pour faire des meubles de luxe, des ouvrages de tabletterie, de marqueterie ou de placage avec le chêne, l’acajou, le bois de rose et le tout aussi convoité ébène. La clarification était bienvenue.

 

Un bois rare pour des réalisations d’exception

Il est aussi une légende africaine qui raconte qu’avant de couper l’ébène, il faut faire une offrande au génie qui l’habite, pour ne pas l’énerver. Et plus le bois est précieux, plus celui-ci serait susceptible. La colonisation n’a malheureusement pas eu autant d’égard pour l’essence et les forêts ont rapidement été décimées. Alors, au Brassus, chez Bodenmann, parler d’ébène, c’est faire écho à des réalisations d’exception : établis pliants, cuisines, tables à manger, meubles de bureau. Des pièces presque systématiquement plaquées, tant le bois est rare et onéreux. Seuls les façonnages de pieds tournés ou des commandes massives sur mesure se font à partir de billes. Au Brassus, l’ébène s’évoque, certes, mais se touche, s’effleure, se sent aussi. Il faut alors faire incursion dans la cave de placage, où quelque 47 sortes d’essences exclusives se côtoient. Il y a une vingtaine d’années, les panneaux arrivaient sans placage et les professionnels de la maison combière devaient se charger de les exécuter. Finitions vernies, tamponnées ou huilées, ils géraient tout. Les clients allaient jusqu’à les appeler quand ils pensaient avoir découvert une bille extraordinaire.

Aujourd’hui, les demandes sont moins nombreuses et la rareté du bois fait que son travail devient lui aussi plus rare. Mais chez Bodenmann, la transmission du savoir est primordiale. Tout comme la valorisation de la matière – chaque chute est précieusement conservée pour des opérations de collage, entre autres. Si chaque ébéniste possède son herbier des essences et ouvrera, un jour ou l’autre, sur ces bois d’exception, les collaborateurs de J. Bodenmann SA vous l’avoueront volontiers, l’ébène est résolument leur bois de cœur.

 

Les différents types d’ébène :

  • de Macassar
  • du Sénégal
  • de l’Afrique occidentale
  • de Madagascar
  • de Maurice et la Réunion
  • de l’Inde orientale
  • d’Indochine

 

Quelques unes de nos réalisations en bois d’ébène

Etabli horloger en ébène réalisé par Bodenmann

Etabli horloger en ébène réalisé par Bodenmann

 

Cuisine en ébène réalisée par Bodenmann

Cuisine en ébène réalisée par Bodenmann

 

Bar / vaisselier en ébène réalisé par Bodenmann

Bar / vaisselier en ébène réalisé par Bodenmann