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19 décembre 2017 - Boden Mag

L’art du moucharabieh

Les civilisations passent, et c’est à l’aune de leurs apports à l’humanité tout entière et de la fascination qu’elles exercent sur nos contemporains que nous apprécions leur rayonnement.

Ce n’est pas dans le désert d’Arabie que la civilisation musulmane est devenue grande, ni d’ailleurs dans le bassin de l’Euphrate ou encore sur les rives de la Méditerranée. Cette civilisation n’a pas atteint son degré de sophistication sur un lieu en particulier. La civilisation islamique est devenue grande le jour où elle a intégré le fait qu’elle serait plus grande encore en s’ouvrant aux courants de pensée qui parcourent le monde plutôt qu’en se renfermant sur ses conquêtes militaires.

La philosophie grecque nous est parvenue grâce aux arabes qui traduisirent les grands textes alors que des clergés obscurantistes décidèrent finalement de les brûler… ironie de l’histoire ! Ainsi, c’est sur les rives de l’Indus que les savants musulmans découvrirent le zéro et vulgarisèrent le système décimal.

Il en va de même dans de nombreux domaines comme l’irrigation, les sciences, la navigation et dans ce qui nous intéressera dans cet article : l’architecture.

Pour véhiculer les savoirs d’un bout de l’empire à l’autre, pour qu’une idée circule de Cordoue à Bombay en passant par Le Caire et Damas, il faut deux conditions : des routes sécurisées avec un système de caravansérails pour les longs trajets et un véhicule culturel commun, la langue arabe.

De nombreux historiens s’accordent à dire que la civilisation musulmane est la première civilisation de synthèse, ayant suivi un développement des savoirs identique à celui de la civilisation nord-américaine.

Les influences architecturales arabes sont multiples. Les systèmes d’arches brisées, les dômes et les frontons empruntent au vocabulaire antique et byzantin. Les motifs floraux et les rythmes géométriques tirent leurs influences des grammaires esthétiques iraniennes et indiennes pré-islamiques.

Dans la tradition religieuse musulmane, de nombreux espaces sont délimités de manière symbolique. Un simple tapis au sol représente un espace sacré au milieu d’un espace profane. Ces typologies d’espaces peuvent aussi être délimitées de manière plus formelle par des murs et des zones de passages entre les différents espaces.

Le moucharabieh

C’est un des premiers éléments d’architecture que l’on remarque quand on déambule dans une ville orientale. Le Moucharabieh est un système de fenêtre à jalousies dont la pièce maîtresse est un treillage d’ébénisterie travaillé en motifs extrêmement fins, permettant aux maisons de capter l’air et la lumière venant de l’extérieur. Historiquement, les femmes étaient confinées dans les maisons. Ce dispositif leur permettait de voir l’animation et le spectacle de la rue sans pour autant être vues.

C’est en Égypte et en Andalousie que les architectes développeront l’utilisation de ces dispositifs en les adaptant aux parties hautes des bâtisses. Ils insérèrent des vitraux entre les maillages des différentes sections de bois pour colorer et tamiser les rayons du soleil. Le mot moucharabieh sert aujourd’hui toujours à déterminer ces dispositifs d’ouvertures ainsi que tout travail d’ébénisterie utilisant ces techniques d’assemblages de balustres, de bobines et de baguettes de bois retenues par des chevilles.

Bodenmann à Djeddah

C’est avec un grand intérêt et avec un certain plaisir que Bodenmann réalise à Djeddah, à l’occasion de la conception d’une boutique, un motif de Moucharabieh de 2’700 mm par 2’500 mm. Cette pièce composée de quatre panneaux a été taillée dans quatre planches de noyer américain. Les différentes pièces qui composent cet ouvrage sont assemblées entre elles. Afin de travailler les effets chromatiques, des pièces de verre coloré sans jointure apparente ont été fixées au centre de la composition formée d’octogones.