Bodenblog

17 mai 2017 - Vie de l'entreprise

Une traversée du XXᵉ siècle avec Bodenmann

Chez les Bodenmann, une curieuse tradition voulait que tous les prénoms commencent par la lettre J. Depuis le patriarche Jacob, il y eu Jean, Jaques et Jeandaniel. Ce dernier a pourtant dérogé à la tradition familiale, en nommant sa fille Mélanie… que s’est-il donc passé ?

Chaque Bodenmann se démarque par son avant-gardisme sur la technologie de son époque. Jacob apporte l’électricité au Campe, Jean réalise La Cave Vaudoise à l’Expo Nationale de Zurich de 1939, Jaques reprend l’entreprise familiale à 22 ans, l’informatise, Jeandaniel la propulse à l’international et diversifie les activités et crée le célèbre établi pliant. Il a sa façon à lui d’amorcer le virage technologique du XXIe siècle en rompant avec les anciennes traditions : donner les rênes à une femme, à Mélanie, la première des M ! Une nouvelle lettre dans l’alphabet Bodenmann annonciatrice de changement, de progrès, d’évolution et d’entrée de plein fouet dans l’ère de la révolution du Social Media ! En plus d’apporter la touche féminine nécessaire dans cet univers masculin, Mélanie incarne la modernité en étant la première dirigeante de l’entreprise à avoir une approche stratégique, à vendre « par d’autres manières que par la technique », alors qu’auparavant l’approche métier était la seule connue et pratiquée. Ne croyez pas que Mélanie n’ait jamais mis la main à la pâte, cette entreprise, elle la connaît par cœur, tous ses coins et recoins, elle y est pratiquement née ! Elle est capable de reconnaître chaque essence de bois, chaque vernis, chaque pièce dans l’atelier… elle l’a dans son ADN. Successeur naturel tout désigné pour Jeandaniel, qui s’est dit « mais pourquoi pas ? ».

Avant lui, Jaques a été visionnaire et précurseur en informatisant l’entreprise très tôt, il a su prendre le virage technologique dont il prévoyait l’essor et l’inéluctabilité future. Surfant également sur l’inévitable vague de la mondialisation du marché, il envoie son fils étudier aux Etats-Unis pour y apprendre la langue de Shakespeare et celle du business. Dans le cadre de l’aide au développement, il envoie des établis horlogers en Corée du Nord et à Moscou. Jean, quant à lui, après avoir parcouru les routes de France pour son compagnonnage, restaure l’église du Brassus, construit l’Hôpital de la Vallée de Joux, produit des skis en bois avec son ami William Piguet pendant plus de vingt hivers.

Quant au patriarche, Jacob, arrivé d’Appenzell Rhodes Extérieure à 22 ans, tombe sur l’annonce « Nous cherchons menuisier sachant traire et faucher » et commence à travailler chez les « deux Henri », les frères Meylan, au Brassus. Il reconstruit et répare toutes les maisons après avoir vu le cyclone dévaster la Vallée de Joux. Il construit toutes les gares du Pont au Brassus, remporte une médaille de Bronze au Concours Cantonal d’industrie et du Commerce pour la construction de la charpente de l’église Saint-Léonard à Saint-Gall et est un des tout premiers à installer une génératrice à pétrole pour avoir de l’électricité. Il aimait casser les codes, peut-être poussé par la grande détermination et ténacité de son épouse Adrienne, femme de tête qui allait personnellement chercher les impayés à La Vallée d’un pied ferme. Lui qui montait au Marchairuz en vélo sur une route pas encore goudronnée et coupait un arbre qu’il attachait au vélo pour le freiner dans la descente, il construit son bâtiment pour y fonder son entreprise, celle dont hériteront ses descendants, bâtisse encore solide et debout de nos jours.

Dans quelques années, la page des J se tournera définitivement pour laisser la place à celle du M. A charge de Mélanie d’amorcer ce nouveau chapitre, le premier des 125 prochaines années.

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Carmen Mora